Place
publique #16
Dossier
Nantes et
le surréalisme : le rêve et les réalités
Nantes et le surréalisme à la Bibliothèque
municipale
Résumé
> La Bibliothèque municipale de Nantes présentera à
partir d’octobre une exposition consacrée aux liens
particuliers entre la ville et le surréalisme. Elle donnera
l’occasion de montrer au public les nombreuses acquisitions
réalisées par la Bibliothèque au cours des quinze dernières
années.
Texte
> Agnès Marcetteau-Paul,
Patrice Allain
Nantes occupe une place privilégiée dans la cartographie
mentale du surréalisme. André Breton y fait la rencontre
décisive de Jacques Vaché. Mais le jeu des affinités
électives conjugué à la puissance d’induction du
« hasard objectif » conduira également Claude
Cahun, Benjamin Péret, Jacques Baron, Jacques Viot et
Pierre Roy – tous originaires de cette ville – auprès de
celui qui, dans Nadja, écrivait : « Nantes : peut-être
avec Paris, la seule ville de France où j’ai l’impression
que peut m’arriver quelque chose qui en vaut la peine […]
Nantes, d’où peuvent encore me venir des amis. » Avant
même la publication de La forme d’une ville – ouvrage
exclusif consacré à Nantes – Julien Gracq citait dans
Lettrines 2 la dernière carte reçue d’André Breton avant sa
mort qui évoquait une fois encore « Nantes, où nous
sommes tout à la fois ensemble et séparément ». Cette
phrase, énigmatique, comme le soulignait son destinataire,
venait rappeler toute la puissance d’attraction de cette
cité.
En 1994, au Musée des Beaux-Arts et à la Bibliothèque
municipale de Nantes, simultanément, s’inaugurait une
importante exposition-dossier : Le Rêve d’une ville, Nantes
et le surréalisme. Cette manifestation se proposait pour la
première fois d’examiner méthodiquement les différentes
facettes de cette construction mythique qui avait fini par
lier Nantes au mouvement d’André Breton. À la suite de
l’événement, une véritable politique d’enrichissement des
collections relatives au surréalisme fut mise en œuvre.
L’exposition En route mauvaise troupe. Allez enfants perdus
permettra de présenter une large partie de ces acquisitions
récentes de la Bibliothèque municipale de Nantes. Aux
œuvres issues pour une grande part de la vente André Breton
et du fonds Jean Sarment se sont ajoutées diverses pièces
liées à la photographe, poète et essayiste Claude Cahun,
ainsi qu’à Julien Gracq, dont les archives ont été
dispersées récemment. L’ensemble composé pour l’essentiel
d’œuvres graphiques (divers dessins de Jacques Vaché, de
Pierre Roy, de Claude Cahun, de Marcel Moore, de Jacques
Viot et de Jacques Baron) de photographies, d’ouvrages
rares, de manuscrits dédicacés, de revues et de
correspondances inédites permet d’appréhender une histoire
du surréalisme nourrie des confluences conscientes ou
inconscientes qui ont magnétisé la constellation
surréaliste nantaise.
Enfants perdus
Le titre même de l’exposition emprunte à celui de la revue
En route, mauvaise troupe… fondée en 1913 par le
groupe des Sârs ou Groupe de Nantes (Jean Sarment, Eugène
Hublet, Pierre Bisserié et Jacques Vaché), une publication
potachique aux accents subversifs, célébrant l’anarchie et
l’anti-militarisme, qui devait en quelque sorte constituer
le premier scandale pré-surréaliste. L’évocation des
« enfants perdus », qui fournit aussi au poète
Jacques Baron le titre d’un de ses poèmes, renvoie à
l’origine du terme qui désignait « les
reconnaissances » dans les armées de la guerre de
Trente ans, ces volontaires de troupes légères, ces
aventuriers et irréguliers qui agissaient en éclaireurs, en
avant-garde dans des opérations relevant de la
« petite guerre », sans jamais entrer en ligne.
Guy Debord a repris cette terminologie dans le texte
« off » du film Hurlements en faveur de Sade, où
il évoque Jacques Vaché. Ce texte s’achève par ces quelques
mots : « Nous vivons en enfants perdus nos aventures
incomplètes ». L’idée-force de l’exposition s’articule
autour de la notion d’avant-garde, perçue comme un
mouvement hors de l’acquis, propre à susciter cette
insurrection contre la prédominance du passé, mais aussi
contre ce qui se donne comme son pseudo-renouvellement. Une
trame chronologique se déploie de 1914 à 1974 avec des
jalons se confondant parfois avec des décennies et les
thèmes forts de chacun des temps définis. Première Guerre
mondiale : « Le Nouveau monde » ; années 20 :
« Le plaisir en alerte », « Le devenir
joueur », « L’esprit du large » ou « Lâcher
tout » ; années 30 : « L’insurrection contre
l’histoire ».
En Route mauvaise troupe. Allez enfants perdus retrace
cette aventure impatiente que fut le surréalisme à partir
de son berceau d’origine. Nantes, en s’appuyant sur les
collections nantaises complétées par des emprunts à
plusieurs collections publiques et privées en France et à
l’étranger. On pourra ainsi découvrir le fonds Jacques
Baron de la Bibliothèque Morisset de l’Université d’Ottawa,
principal partenaire de la manifestation.
En route mauvaise troupe
Allez enfants perdus
Exposition à la Médiathèque Jacques-Demy
octobre 2009 – février 2010
