Sommaire #2





Chénard

ALAIN CHÉNARD, élu maire de Nantes en 1977, siégeait auparavant dans la municipalité d’André Morice. À la demande de son parti, il avait été le seul des élus socialistes à rompre, en 1974, avec le maire et à entrer dans l’opposition. Il a aussi été député de 1978 à 1988. En 1989, Alain Chénard a participé à la municipalité de Jean-Marc Ayrault tout en occupant la présidence de la SEMITAN, la compagnie de transports urbains de Nantes.


Mareschal

PATRICK MARESCHAL est aujourd’hui président du Conseil général de Loire-Atlantique, mais c’est en sa qualité d’ancien élu nantais qu’il participe à ce débat. Il fut en effet adjoint (radical de gauche) d’Alain Chénard avant d’être le premier adjoint (socialiste) de Jean-Marc Ayrault de 1989 à 2001.



Boudic
GOULVEN BOUDIC est maître de conférences en science politique à l’université de Nantes. Il appartient au comité de rédaction de Place publique.
Place publique #2
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LE DÉBAT

1977 : Pour Nantes L'année du grand tournant ?

Débat1977

LE SUJET > Trente ans après la victoire de la gauche aux élections municipales et l’élection d’Alain Chénard à la mairie de Nantes, ce débat public, organisé le 14 février 2007, revient sur cette période. Non pour commémorer l’événement, mais pour l’analyser : pourquoi cette victoire? A-t-elle été suivie d’un nouveau style, plus moderne, de gouvernement de la ville? Pourquoi l’équipe d’Alain Chénard a-t-elle été battue aux élections suivantes? Entre la politique menée en 1977 par Alain Chénard et celle conduite depuis 1989 par le socialiste Jean-Marc Ayrault, y a-t-il rupture ou bien continuité ? Enfin, le cycle inauguré en 1977 est-il en train de se refermer? Quels nouveaux acteurs peuvent émerger sur la scène municipale?
Les débats de Place publique sont co-organisés avec Nantes Culture et Patrimoine. Leur enregistrement sonore et visuel est versé aux collections du Musée du château.



THIERRY GUIDET >
La soirée d’aujourd’hui est consacrée, anniversaire oblige, à un retour sur 1977, une année marquée à Nantes par la victoire de la gauche aux municipales et par l’élection d’Alain Chénard à la mairie. Nous allons nous livrer à un exercice d’histoire immédiate en revenant sur cet épisode, à la fois très proche et déjà lointain, et sûrement étranger aux très nombreux nouveaux Nantais arrivés ici depuis. Nous allons nous interroger sur la signification de ce qui s’est passé alors : peut-on dire que Nantes est entrée dans une sorte de modernité, sur le plan politique, mais aussi en matière d’urbanisme ou de culture ? Peut-on estimer qu’entre 1977 et 1989, la date de l’élection de Jean-Marc Ayrault, il y a solution de continuité ou bien qu’au contraire les éléments de rupture dominent. Enfin, nous pourrons nous interroger sur la situation actuelle : le cycle ouvert en 1977 n’est-il pas en train d’arriver à son terme ?
Brossons d’abord un rapide tableau de la situation de l’époque, une période de très forte montée de la gauche. En 1972, le parti socialiste, le parti communiste et les Radicaux de gauche ont signé un programme commun de gouvernement. En 1974, une élection présidentielle très serrée donne une courte victoire à Valéry Giscard d’Estaing sur François Mitterrand. 1977 est une année électorale très favorable à la gauche qui remporte 55 grandes villes. Nantes connaissait une situation particulière. Depuis 1965 une alliance allant de l’extrême droite aux socialistes gouvernait la ville sous la houlette d’André Morice. En 1974, dans la foulée de la stratégie d’union de la gauche lancée à cette époque, la section socialiste invite ses élus au sein de la municipalité à se constituer en groupe d’opposition et vous êtes le seul, Alain Chénard, à faire ce pas. Tout naturellement, quand les élections suivantes arriveront, vous serez amené à prendre la tête d’une coalition d’union de la gauche. Ai-je fait un résumé exact de la situation ?

ALAIN CHÉNARD > 1977, c’est la fin d’une période. Pour s’en souvenir, il faut avoir plus de 55 ans et ne pas être un nouveau Nantais en plus. Rappeler la situation n’est donc pas mauvais. 1977 marque le terme d’une génération, celle de la Résistance et du général de Gaulle, deux éléments importants qui animeront la Quatrième République, cette vague de reconstruction de la France. Il faudra bien que les livres d’histoire rendent à la Quatrième République ce qui lui appartient. De Gaulle est arrivé pour inaugurer la Caravelle et le France, mais les choses avaient fonctionné auparavant. C’étaient les fameuses Trente Glorieuses où l’on n’avait pas trop de problèmes sur le plan de l’emploi. Et Nantes dans tout ça ? C’est une ville qui avait été occasionnellement à gauche. En 1936, Pageot1, à la Libération Constant2 puis Philippot3, mais qui était plutôt au centre, et même au centre-droit, sinon pétainiste. Nous avions eu un maire qui n’avait pas caché ses idées pétainistes4 à un moment donné, mais qui n’appartenait pas à la coalition que vous avez évoquée. La droite nantaise avait de beaux jours devant elle quand elle s’est coupée entre gaullistes et non-gaullistes. Les souvenirs d’une époque ont sans doute créé des césures assez dures. Et ainsi, de 1959 à 1965, la date d’arrivée d’André Morice5, on a une droite qui se déchire, qui se bat, qui ne se fait pas de cadeaux.
Arrivera au milieu de tout ça une loi dont il faut parler car elle a eu son importance même si elle paraît encore plus aberrante aujourd’hui qu’à l’époque. C’est la fameuse loi qui éliminait l’opposition des conseils municipaux. Cette loi va créer un véritable coup d’État permanent au niveau local et elle entraînera des réactions assez surprenantes. André Morice était la seule personnalité capable de récupérer une situation en déconfiture, André Morice, onze fois ministre tout de même sous la Quatrième République, c’était un personnage qui pesait. André Morice donc, va proposer de rétablir la démocratie à l’intérieur de la ville : chacun aura sa part de pouvoir sauf, bien sûr, les gaullistes de l’UNR, auteurs de la loi scélérate. Il y avait là un habillage dans cette reconstitution de la démocratie car on savait bien que pour le parti communiste, qui pesait lourd à l’époque, c’était inacceptable. En fait c’est une municipalité de troisième force qui se mettra en place avec le Centre national des indépendants, le Centre républicain qui était une scission du parti radical, que menait André Morice et qui était plutôt marqué par sa désaffection à l’égard de Pierre Mendès France, et puis la SFIO qui, sur le plan local, avait une importance moindre que celle du parti communiste, il faut bien le reconnaître. Donc, impossible de concevoir un ciment politique à ces gens qui ne partageaient que l’anti-gaullisme. Mai 68 va précipiter les choses, ce sera le départ du général De Gaulle, puis toute une série de secousses importantes. Il y aura Lip, symbole d’une réaction profonde dans le pays, mais aussi, à Nantes, le déclin de la Navale. Après l’intermède néo-gaulliste de Pompidou arrive Valéry Giscard d’Estaing qui crée un champ politique complètement différent : une grande partie de la municipalité va soutenir le nouveau président de la République alors que la gauche de la municipalité le rejette totalement. À gauche, il y a eu le congrès d’Épinay, l’union de la gauche, la signature du programme commun. S’ajoute à cela, pour marquer la fin de cette période, la crise pétrolière, la fin des Trente Glorieuses, l’apparition du chômage de masse…

THIERRY GUIDET > Quand vous, les élus socialistes, avez été priés, en 1974, par vos camarades de la section de Nantes d’entrer dans l’opposition à André Morice, vous avez été le seul, Alain Chénard, à franchir ce pas. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

ALAIN CHÉNARD > D’abord et avant tout une sorte de loyauté à l’égard du parti socialiste. André Routier6, qui était le leader incontesté de la SFIO sur le plan local, avait un leitmotiv : « On n’a jamais raison contre son parti. » Il l’avait tellement répété que j’avais fini par en être convaincu. Et à ma grande surprise j’ai constaté que, lui, il ne respectait pas cette position. J’étais persuadé que nous changions d’époque et que la gauche allait avoir un rôle à jouer. Ce n’était pas le moment d’aller conclure des alliances opportunistes.

THIERRY GUIDET > Patrick Mareschal, partagez-vous cette analyse ?

PATRICK MARESCHAL > J’ai un peu moins connu la période précédente. J’avais quitté Nantes en 1960, à la fin de mes études, et j’y étais revenu en 1970. C’est vrai qu’à mon retour, dans mes fonctions professionnelles, comme observateur de données statistiques économiques et sociales j’ai été amené à être en contact avec la municipalité, avec André Morice. Je n’étais d’ailleurs pas du tout un militant politique. Je suis venu à la réflexion politique par le biais de l’anti-colonialisme à la fin de la guerre d’Algérie, par une réflexion sur la décentralisation qui me semblait un élément nécessaire, par la conviction que la gauche devait renouveler sa vision des rapports avec le monde économique. À l’époque, on avait fondé un petit groupe de radicaux qui, en 1974, a clairement fait son choix pour François Mitterrand. Assez naturellement, nous étions donc disponibles pour participer à une liste d’union de la gauche. Beaucoup de choses ont joué dans ce changement. Incontestablement, des évolutions nationales : en même temps que Nantes, beaucoup d’autres grandes villes sont passées à gauche. Il y a eu aussi à Nantes un phénomène de génération. André Morice, quand il s’est représenté en 1977, avait 77 ans. Il était né en 1900, cela a joué un peu dans la campagne, alors que, autour d’Alain Chénard, il n’y avait que des bleus. Il était le plus expérimenté, pas le plus âgé, mais le plus expérimenté.
Et puis, dans la ville, des choses avaient beaucoup évolué, dans les mentalités, dans la société civile, dans les milieux économiques… Une restructuration importante des activités traditionnelles était en cours. La Navale était toujours présente, mais on voyait bien que les grandes entreprises, Creusot-Loire, la métallurgie, l’agro-alimentaire avaient quitté le giron des fondateurs familiaux pour passer dans des groupes moins locaux. Les milieux économiques nantais étaient secoués. Les héritiers n’étaient plus toujours au pouvoir. Il faut aussi dire qu’à Nantes l’anti-communisme restait assez fort : pour certains, l’arrivée de la gauche à la municipalité c’était les chars de l’Armée rouge sur la place Royale dès le lendemain ! Mais ce discours n’était déjà plus très crédible…

THIERRY GUIDET > Goulven Boudic, quel est votre point de vue d’analyste sur ces témoignages ?

GOULVEN BOUDIC > Je voudrais revenir sur quelques points de détail. Alain Chénard a parlé de troisième force, la troisième force nantaise est tout de même un peu spécifique, elle n’inclut pas le MRP 7. C’est l’exclusion du parti catholique de centre droit alors que sous la Quatrième République le MRP est une composante fondamentale, au niveau gouvernemental, de la troisième force. Ce n’est pas le cas à Nantes, il y a derrière cela l’enjeu de l’école privée et du rapport au catholicisme. Deuxième point, l’anticommunisme. Il y a un anticommunisme à droite, qui est très fort, mais il y a un anticommunisme au sein de la SFIO très fort aussi entre 1945 et 1970.
Sur la question des générations, j’ai des chiffres sur les moyennes d’âge des trois listes en présence en 1977, car il y a trois listes, c’est un point qu’il faut rappeler. Il y a une division à droite, et cette division à droite, elle est aussi largement générationnelle. La liste d’André Morice a une moyenne d’âge de 58 ans, avec un leader qui a 77 ans ; la liste d’Alain Chénard a une moyenne d’âge de 39 ans ; pour la liste de centre droit, celle de Philippe Sourdille, c’est 41 ans. La rupture de générations, ce n’est pas seulement une question biologique, mais aussi de socialisation politique : on a une génération qui a été formée dans les années 1960, notamment sur la question de l’anticolonialisme. Consciemment ou non, même si ce n’est pas exploité dans la campagne de 1977, c’est un motif de rupture avec André Morice et avec cette idée de l’Algérie française, très identitaire dans son parcours. C’est un motif de rupture plus central, me semble-t-il, que la question de la Résistance, ou de l’absence de Résistance, on va dire…
Revenons à la loi de 1964 sur le scrutin municipal dont a parlé Alain Chénard. Cette loi avait pour objectif d’éliminer un certain nombre de minorités, mais elle va, par ailleurs, très fortement contribuer à la bipolarisation. Les années 1960 et 1970 sont, de scrutin en scrutin, des années de consolidation de la bipolarisation. 1977 est la consécration la plus évidente de ce phénomène, avant 1981. On le voit dans la campagne elle-même : Alain Chénard demande à François Mitterrand une lettre de soutien ; il affiche une appartenance politique claire, ce qui n’était pas le cas de la municipalité précédente construite sur une succession de petits arrangements. J’ai été très frappé notamment de lire le protocole d’accord8 qui est resté secret jusqu’en 1977, ce qui en dit assez long sur un certain type de gouvernement municipal. On est dans une mentalité, dans une culture, dans une logique et dans un mode de fonctionnement très Quatrième République.

THIERRY GUIDET > Après la préhistoire, entrons dans l’histoire. Peut-on dire que 1977 est le moment où Nantes entre dans la modernité ? Est-ce que 1977 marque une nouvelle manière de gérer la ville ? Avez-vous voulu, Alain Chénard, changer les règles du jeu municipal ?

ALAIN CHÉNARD > Oui, forcément. D’abord parce que la campagne avait été difficile. On n’y croyait pas trop…

THIERRY GUIDET > Votre élection a été une grande surprise ?

ALAIN CHÉNARD > André Morice, en 1971, avait eu la majorité absolue dans tous les bureaux de Nantes, des Dervallières au boulevard Guist’hau. Il n’y avait qu’un seul départ de cette liste, celui d’Alain Chénard. En revanche, il récupérait toute l’autre droite qui s’était regroupée avec lui. Il suffisait que la liste Sourdille soutienne la liste André Morice et c’était fini pour nous. Sourdille a hésité, c’est un excellent médecin, mais il a plus de difficultés à s’engager dans la politique. Sa démarche se situait d’ailleurs aux marges de la politique, qui à Nantes a toujours eu beaucoup de difficultés à prendre. Quoi qu’on en pense, les partis politiques à Nantes sont très agissants et très forts sur ce plan-là, ils maîtrisent assez bien la situation. Les choses ne se passent pas en dehors des partis. Donc, on a gagné, de 600 voix, deux voix de moins par bureau et le résultat était inversé… Est-ce que l’âge du capitaine, évoqué tout à l’heure par Patrick Mareschal a joué ? Est-ce que les querelles de la droite mal ressoudée ont joué ? Est-ce que Philippe Sourdille manquait de crédibilité ? Est-ce que les mésententes de la gauche dont nous étions les héritiers, et l’anticommunisme de la SFIO en Loire-Atlantique, étaient dissipés, je n’en sais rien. En tout cas, la probabilité de gagner en 1983 était, à l’analyse, quasiment nulle. La droite aurait le temps de se refaire, nous aurions sans doute nous-mêmes à supporter le poids de nos propres erreurs…
Nous avions un programme audacieux qui voulait changer la ville, c’était son intitulé. Même si nous étions prudents aussi, il fallait que 25 % de ceux qui avaient voté André Morice votent pour nous dès le premier tour. Il ne fallait pas trop leur faire peur. Il y a un tract qui a échappé à notre contrôle sur un certain quartier, on a perdu 80 voix entre les deux tours avec ce tract. Il fallait faire très, très attention, ne pas dire tout ce qu’on pensait. D’habitude, on en promet plus qu’on ne peut en faire ; là c’était plutôt : attention, casse-cou ! Mais une fois élus, il fallait foncer !
Le grand débat portait sur la conception de la ville. Il y avait une ville à l’américaine qui était dans les cartons et plus que dans les cartons, avec des pénétrantes qui devaient arriver jusqu’au château, la tour Bretagne… bref, quelque chose de traumatisant pour la ville. Nous opposions à cela une autre vision de la ville, plutôt de type alémanique, plus soft, plus verte. On ne parlait pas d’écologie à cette époque, en tout cas si on en parlait ce n’était pas devenu une religion, donc il n’y avait pas de catéchisme. Aux pénétrantes, nous avons opposé une autre logique, celle du contournement : plus d’autoroute sur les rives de l’Erdre, plus d’autoroute qui arrive sur les bords de la Loire, au premier étage des tours de Malakoff et devant les balcons du quai de la Fosse. La circulation de desserte était prévue en dessous avec des camions qui seraient passés au dessus… Imaginons aujourd’hui un seul instant que toute la circulation qui est sur le périphérique, on la ramène en ville ! On s’est lancés à corps perdu dans une autre logique. C’était politiquement difficile parce que l’automobile était un symbole social fort. On avait réussi quand on avait sa voiture. Nous nous heurtions à cette civilisation de la voiture avec l’idée du contournement. Quand on parlait de supprimer les projets de pénétrante, Olivier Guichard avait dit un jour : « Monsieur le maire de Nantes, laissez-nous entrer dans notre capitale ». Des années plus tard, quand il a été question d’inaugurer le dernier tronçon, c’était au sud de la Loire, Olivier Guichard a dit : « Le maire de Nantes de l’époque (il avait des difficultés à prononcer mon nom), avait raison…»
Cette bataille de Nantes, cette bataille de la conception de la ville, dont on dit aujourd’hui qu’elle est agréable à vivre, cette bataille contre la voiture n’est pas finie, parce que c’est une bataille de tous les moments. Mais nous avons tenu parole. Il y avait une autre parole qu’il fallait tenir qui portait sur le développement des transports en commun. On avait construit très rapidement des grandes cités aux limites de Nantes qui n’avaient aucune liaison avec le centre de la ville. Entre le boulot et le dodo, c’était le règne des mobylettes avec tous les accidents que ça entraînait. Il fallait développer les transports en commun. La solution que nous avons retenue, c’est, vous le savez, le tramway. C’est une réussite, c’est vrai, mais la logique était d’abord et avant tout la domestication de la circulation pour pouvoir véritablement changer la ville.

THIERRY GUIDET > Patrick Mareschal, êtes-vous d’accord pour dire que ce sont bien les questions de circulation qui ont été l’axe majeur de la politique municipale ?

PATRICK MARESCHAL > Il ne faut pas non plus sous-estimer l’élan nouveau qui a été donné à une animation culturelle avec toutes les difficultés que ça pouvait représenter dans le contexte nantais de l’époque puisque l’adjointe à la Culture était communiste ; il y a eu une levée de boucliers très forte, mais n’empêche que c’est à ce moment-là qu’ont été lancés la Médiathèque, le centre qui se trouvait à la Manufacture et tout un tas d’initiatives. On considérait que la culture devait être pour tous, ce qui changeait quand même un peu du côté petite préfecture avec son théâtre Graslin et ses tournées Barret. Il y a eu une volonté, une ouverture dans une bataille d’ailleurs idéologique.
Et puis il y a eu l’affrontement aux milieux économiques. Quelques mois après l’élection, je crois, il y a eu une grève importante chez Dubigeon. Évidemment, le nouveau pouvoir municipal de gauche a soutenu fortement ce mouvement de grève, mais assez vite quand même la nécessité… ou la compréhension qu’il ne pouvait pas y avoir une espèce de bataille frontale entre les élus municipaux et les responsables économiques est apparue. Alors s’est fait jour, par chance, la nécessité de ce dialogue avec les milieux économiques, même si notre tonalité politique marquait très fortement la défense du monde du travail. Finalement, ici ou là dans les milieux économiques, un certain endormissement du dernier municipe d’André Morice et une certaine dynamique de la nouvelle équipe municipale, même si elle était marquée à gauche, donnait au fond envie de dire : cette ville doit se développer, doit progresser, doit exister. Les clivages politiques ont été gérés, me semble-t-il, dans de bonnes conditions à ce moment-là. Il faut dire qu’il y avait eu des changements à la Chambre de commerce à l’époque9. Au total, pendant ces six années-là, l’affrontement n’a pas été aussi dur que cela avec les milieux les plus prospectifs du monde économique.

THIERRY GUIDET > Goulven Boudic, cette volonté de changer la ville, pour reprendre l’expression d’Alain Chénard, était-ce quelque chose de très répandu parmi les nouvelles équipes qui arrivent au pouvoir dans une cinquantaine de villes ou bien y avait-il des traits particuliers à Nantes ?

GOULVEN BOUDIC > Non, je crois que c’était quelque chose de très général. Le titre de la campagne municipale au niveau national de 1977 s’inspirait du titre d’un livre de Michel Phliponneau, Changer la vie, changer la ville, qui a été adjoint au maire de Rennes Edmond Hervé.
Je voudrais reprendre trois ou quatre points. Sur la question de l’écologie. À l’époque, on parlait de cadre de vie, c’était peut-être un peu moins les petits oiseaux et un peu plus le bonheur de vivre des individus. Mais ça a joué un rôle très important quant à la création et à la mobilisation d’un certain nombre d’associations de riverains qui ont contribué à déstabiliser, me semble-t-il, la municipalité sortante. Il y a là un signal fort donné par des habitants qui souhaitent maîtriser leur environnement, leur quotidien. C’est très important parce que dans le gouvernement municipal à partir de 1977, cette question de la relation entre les élus et les associations est devenue une question centrale. On parle aujourd’hui de démocratie participative, eh bien se manifeste alors le souci pour les élus de trouver des relais et aussi de relayer, tout simplement, le combat des associations.
Deuxième point, la question du socio-culturel. Puisque le terme n’a pas été utilisé, je vais le faire, même si aujourd’hui, c’est un gros mot. On parlait à l’instant de culture pour tous, de médiathèque, de culture populaire. Aujourd’hui, on parle de culture tout court avec des projets culturels qui sont un peu différents, me semble-t-il, et qui relèvent peut-être plus de l’entreprenariat culturel que de la culture populaire. Dans la plupart des villes acquises par la gauche en 1977 se mettent en place des maisons d’associations, des offices socio-culturels.
Sur la question de la démocratie locale, il y a un point qui a attiré mon attention, c’est le fait que l’information municipale n’existait pratiquement pas. C’est en 1977 qu’on crée un journal municipal, un journal d’information municipale. Ce sont des choses qu’on a du mal à envisager aujourd’hui où l’on se demande si l’information municipale n’est pas de la communication municipale, mais, à l’époque, on ne savait pas ce qui se passait dans la mairie.
Dernier point qui a causé des difficultés sérieuses à de nombreuses équipes municipales, c’est la question du personnel. Ce problème se pose quand on change de municipalité : comment impulse-t-on une nouvelle politique ? Comment réussit-on à convaincre le personnel qu’il faut accomplir des changements ? C’est d’autant moins simple qu’on a des élus qui ne sont pas les plus prompts à se mettre dans une position de patrons. Un élu local, c’est aussi un patron. Dans ces villes un certain nombre de conflits vont se dérouler dans les années 1980. À Rennes, on observe le cas. À Brest, ça se traduira par une grande grève des services de poubelles et à Nantes, également en 1980, une grève du personnel municipal. Je pense que ça a pu jouer dans l’échec de 1983. On veut gérer le personnel de manière plus rationnelle, on fait appel à des cadres de la fonction publique territoriale qui constituent en 1997 un marché national. On va chercher des cadres à l’extérieur alors que, jusque-là, André Morice ne fonctionnait que sur la promotion interne. Le gouvernement de la ville devient quelque chose de sérieux, de professionnel, mais une partie du personnel municipal peine à comprendre ces nouvelles logiques.

ALAIN CHÉNARD > Je voudrais ajouter quelque chose sur ce point. À Nantes, on va aussi mener une politique de sociétés d’économie mixte qui créera des pôles de compétence et de dynamisme aux marges de la municipalité, avec des moyens de recrutement qui échappent aux cadres traditionnels. À l’époque, pour embaucher un informaticien dans une municipalité c’était la croix et la bannière.
L’agglomération, d’ailleurs, va naître de l’une des ces sociétés d’économie mixte, l’AURAN, l’Agence d’urbanisme, qui permettra d’envoyer des missi dominici dans les différentes municipalités de l’agglomération. On vivait avec des syndicats à vocation unique qui étaient très hétéroclites par leur répartition, par leurs compétences et on a voulu mettre tout cela dans un seul outil pour forger une politique qui ait un peu de cohérence. L’Agence d’urbanisme sera le moyen qui permettra d’y arriver. Dans un contexte politique qui ne l’autorisait pourtant pas a priori, on arrive à convaincre. Du temps d’André Morice, à part Rezé qui était à gauche, tout le monde était à peu près du même bord politique. Il y avait l’ACRN, l’association communautaire de la région nantaise, qui permettait à quelques élus de se voir une fois par an pour faire un repas à la mairie de Nantes. Ce n’était pas très efficace. Nous avons voulu aller beaucoup plus loin. On avait quand même conquis quelques villes dans l’agglomération comme Saint-Herblain, Orvault. Et là où ça ne s’était pas produit les élus d’en face avaient senti le vent du boulet. Il a donc fallu qu’on mette en place des lieux de réflexion qui soient communs à ces gens qui n’avaient pas d’intérêt commun à vivre ensemble. Le choix du directeur de l’Agence d’urbanisme, par exemple, a été fait à l’unanimité. Luc Dejoie à Vertou et Donatien de Sesmaisons à La Chapelle-sur-Erdre sont allés convaincre leurs collègues qu’il y avait intérêt à entrer dans un outil commun. Les plus grosses difficultés, on les a rencontrées à Bouguenais avec François Autain qui voulait seulement les transports en commun, mais pas le reste. Aussitôt créé le SIMAN, le Syndicat intercommunal à vocation multiple, on met en place une autre société d’économie mixte qui est la Société d’économie mixte des transports en commun. On aura aussi Nantes gestion équipements pour les parkings. C’était une façon pour la ville de se doter d’une gestion moderne et d’échapper à la rigueur des cadres administratifs habituels.

THIERRY GUIDET > À part le bémol de tout à l’heure de Goulven Boudic sur le personnel, vous avez tous les trois brossé un tableau mirifique de ce mandat. N’empêche, Alain Chénard, que, six ans plus tard, vous êtes battu. Alors, qu’est-ce qui s’est passé ?

ALAIN CHÉNARD > Dès 1977, on se doutait qu’en 1983 on serait battus. On a donc choisi la stratégie de l’irréversible. Un exemple de l’irréversible, c’est le tramway. Si on n’avait pas foncé il aurait été remis en cause avec notre défaite. Et où en serait le tramway aujourd’hui en France, compte tenu de la valeur pédagogique du travail nantais ?

THIERRY GUIDET > Pourquoi étiez-vous aussi sûrs que vous seriez battus ?

ALAIN CHÉNARD > Il y a sûrement les fautes du maire, et là, l’un des adjoints peut en parler… Il y a eu la peur du tramway. On a commencé la campagne électorale avec une meilleure adhésion au tramway qu’à la fin de la campagne. Les sondages qu’on avait fait faire le montraient. Parce que la clochette de la peur, le péril jaune10, les déclarations de Chauty sur le tramway qui avait fait plus de dégâts à Nantes que les bombardements, etc. Il y a eu aussi la fameuse bataille de l’école privée qui a joué un rôle très important, même si ce n’était pas un phénomène spécifiquement nantais. La manifestation à Paris était plus importante que tout ce qu’on connaissait à Nantes, parce qu’on avait réussi à dégonfler localement une grande partie de cette affaire. Il n’y avait plus que deux ou trois contrats qui n’étaient pas signés, et cela pour des raisons politiques. C’est clair, c’est évident, ça a été reconnu après coup pour essayer d’entretenir cette histoire. Je viens de faire une analyse assez rapide, je suis sûr que Patrick Mareschal a d’autres arguments.

PATRICK MARESCHAL > Je voulais simplement ajouter que le contexte national a joué, mais à l’inverse de 1977 : deux ans après la victoire de François Mitterrand, déjà un certain nombre de déceptions commençaient à se faire sentir en mars 1983. Incontestablement, c’est vrai que les grandes batailles autour de l’enseignement privé ont eu un rôle.
Et puis il me semble aussi qu’il y a eu des erreurs de positionnement dans la campagne – on en est tous responsables – et en particulier l’idée, j’ai repensé à cela au mois d’avril 2002, l’idée qu’étant au travail, sérieusement engagés sur un certain nombre de chantiers, on pouvait laisser les autres raconter ce qu’ils voulaient. On n’a pas été dans une situation de campagne, enfin, de bataille. À Paris, rappelez-vous, à la même époque, le candidat de gauche était Paul Quilès, c’était Quilès-tendresse, c’était soft, cool, tout va bien, dormez les petits, etc. Or, surtout à gauche, c’est dans la bataille que se forgent les solidarités. On a été un peu trop dans la position de gestionnaires, assez sûrs que les orientations que nous prenions étaient les bonnes, mais sans être assez offensifs. Et puis avec cette idée, compte tenu de l’évolution nationale, que Nantes étant une ville moitié-moitié, un peu centriste, qu’il fallait essayer de se couvrir un peu au centre. On a ainsi perdu une partie des troupes de gauche, sans doute minoritaires, mais qui, du coup, n’ont pas donné envie à pas mal de gens de voter dès le premier tour, sûrs qu’il y aurait un second tour. Et puis, je me permets de le dire parce que c’est plus difficile à dire pour Alain, dans cette bataille-là, certaines forces de droite n’ont pas été tendres et n’ont pas lésiné sur les moyens, même les plus ignobles.

THIERRY GUIDET > J’entends bien tous ces arguments. N’empêche que dans l’Ouest, où la poussée de la gauche en 1977 avait été particulièrement spectaculaire, hormis Brest, Nantes est la seule ville qui rebascule à droite six ans plus tard…

GOULVEN BOUDIC > Je crois que la situation des deux villes est comparable en effet. Il y a des tempos qui sont assez identiques, au-delà de situations économiques, sociales, culturelles parfois éloignées. Brest comme Nantes sont deux villes où le mouvement socialiste a existé dès l’entre-deux guerres, a occupé des positions municipales assez rapidement, a parfois conquis des sièges de député. Et puis il y a la même conquête en 1977. Il y a deux autres points de convergence.
Le premier, c’est, me semble-t-il, le défaut d’intégration de la question du calendrier dans les réalisations municipales. Tout un ensemble de projets qui figurent dans le programme de 1977 sont progressivement mis en œuvre, mais ne seront réalisés qu’après 1983. Je crois que c’est quelque chose que les élus ont mieux intégré aujourd’hui quand on voit, par exemple, Bertrand Delanoë, à Paris, qui décide d’arrêter une partie de son chantier un an avant les élections. Edmond Hervé, lors de la construction du métro, a été confronté au même type de problème. Toute la difficulté pour les élus est de mener des politiques publiques sans soulever de contestations qui sont parfois politiquement instrumentalisées, mais c’est vrai que l’intervention des juges administratifs, dans un certain nombre de cas, rend le calendrier très difficilement gérable. Ce qui renvoie à la durée du mandat municipal : est-ce que six ans, c’est assez ? est-ce que c’est trop ? Il y a des réalisations qui pour être mises en œuvre et donc évaluées par la population ont besoin de plus de six ans.
Deuxième facteur, c’est la remobilisation de la droite dans un contexte où le gouvernement de Pierre Mauroy est contesté ; les élections cantonales ne sont pas bonnes non plus ; les élections intermédiaires sont des élections de sanction pour la gauche au pouvoir. Et c’est vrai que la question de l’enseignement joue un rôle. On voit bien l’importance des réseaux classiques de la droite municipale, notamment les associations de parents d’élèves de l’école libre.

THIERRY GUIDET > Nous allons continuer à parcourir l’histoire récente au grand galop et nous allons passer tout de suite de 1983 à 1989. 1989 voit l’élection de Jean-Marc Ayrault à Nantes, Jean-Marc Ayrault qui, il faut le rappeler, en 1977, avait battu Michel Chauty à Saint-Herblain. Patrick Mareschal, vous devenez son premier adjoint. Dans quel état d’esprit êtes-vous, vous qui aviez été l’un des adjoints d’Alain Chénard ?

PATRICK MARESCHAL > Je dois d’abord préciser que je n’avais pas siégé comme élu d’opposition dans la municipalité Chauty. Il faut dire ensuite que Michel Chauty a beaucoup aidé la gauche à reconquérir la ville. Il faut se souvenir que, durant cette période-là, beaucoup de Nantais qui sont amoureux de leur ville, qui avaient commencé à la voir bouger ont eu parfois un peu honte de cette pagaille générale qui régnait alors. Je ne mets pas l’homme en cause, qui est tout à fait honorable, mais enfin ça a donné une vision un peu pitoyable de divisions, de petites mesquineries… Il suffit d’ailleurs de relire le discours par lequel Michel Chauty a transféré ses pouvoirs à Jean-Marc Ayrault après l’élection de 1989. Il est d’une très grande sévérité vis-à-vis de son équipe, le malheur, c’est qu’il en était le chef et qu’il en portait donc aussi la responsabilité.
Après le coup de tonnerre de 1983, une défaite dès le premier tour, un peu comparable à ce qui s’est passé en avril 2002, beaucoup de gens se sont dit qu’ils n’avaient pas voulu cela et qu’Alain Chénard, finalement, avait fait beaucoup de choses. L’opinion publique nantaise s’est dit que, probablement, il y avait eu des erreurs commises, mais qu’il fallait reprendre le fil. Je crois que ça a pas mal joué dans la victoire de 1989. Dans beaucoup de milieux nantais, il y a eu l’idée que l’élection de 1983 était une erreur.

THIERRY GUIDET > À l’instant, Alain Chénard nous disait qu’en 1977 il pensait qu’il serait sans doute battu en 1983 et qu’il fallait créer de l’irréversible. Je n’ai pas du tout l’impression que cela ait été l’attitude de la municipalité élue en 1989. Vous y êtes et vous vous dites : cette fois, on est là pour longtemps. Non ?

PATRICK MARESCHAL > Je ne me souviens pas si on se disait cela, mais on avait la conscience de connaître suffisamment les dossiers, d’avoir une expérience acquise dans la municipalité d’Alain Chénard. Et puis pour un certain nombre d’entre nous, pendant la parenthèse Chauty, nous nous sommes réinvestis dans la vie associative, dans des lieux de réflexion et de proposition. Oui, on pensait pouvoir reprendre le fil de façon plus durable, d’autant plus que ne se dessinait pas une succession évidente à Michel Chauty qui donne envie à la droite de se remobiliser. Vous connaissez Jean-Marc Ayrault aussi, c’est un homme très méticuleux, qui pense que rien n’est jamais gagné d’avance. Nous n’avions pas du tout le sentiment en arrivant que tout allait être facile.

THIERRY GUIDET > Alain Chénard, au plan personnel, ça ne doit pas être si facile que cela, après avoir été élu maire, de se retrouver simple membre d’une municipalité. Même si elle est tenue par des amis, ce n’est plus la même position. Pourquoi avez-vous accepté de faire partie de la nouvelle équipe et comment cela s’est-il passé pour vous ?

ALAIN CHÉNARD > Bien, merci. Beaucoup attendaient d’ailleurs cette cohabitation… À la réflexion aujourd’hui, je sais que l’envie de recommencer, je ne l’avais pas, je n’étais plus suffisamment motivé. J’avais énormément investi dans la réorganisation de la municipalité, j’avais tout mis en ordre, la machine municipale était vraiment en état de fonctionnement et tout avait été cassé. Du moment que ça avait été fait par Chénard, il fallait le casser ! Reprendre tout cela, c’est une tâche qu’on fait difficilement deux fois dans sa vie. Premièrement.
Deuxièmement, il y avait eu des élections législatives en 1988, j’avais perdu mon mandat en raison du redécoupage Pasqua. Il y avait un côté déclin incontestable qu’il fallait savoir lire et un côté promotion de Jean-Marc Ayrault qui était le patron de la fédération. Une bataille avec Jean-Marc Ayrault eût été meurtrière. Il valait mieux que nous allions à un accord, et qui s’est trouvé relativement facilement puisque j’ai hérité d’une autonomie assez grande sur la Semitan. La société de transports avait un projet, qui tenait sur le mandat cette fois-ci, une deuxième ligne de tramway, passionnante à monter. Les deux premières années du mandat, je m’en souviens, j’ai investi plus à la Semitan que la Ville n’a investi dans Nantes ! Ce n’était pas un lot de consolation, c’était un peu plus que ça. Cela permettait aussi de valoriser une expérience qui avait réussi, celle du tramway, sur le plan national et international, de jouer un rôle.
Moi, je ne suis pas né avec une ambition politique. Quand j’étais derrière Routier et Chauvel11, je savais très bien qu’avec l’âge qu’avait Chauvel, je serais trop vieux pour devenir un héritier quand le moment arriverait. Donc j’étais militant, c’est quelque chose qui a toujours été à l’intérieur de moi-même la motivation principale. Alors, c’est vrai qu’on se prend au jeu, c’est vrai qu’un moment donné, les promotions appellent d’autres promotions, les mandats de conseiller général, les mandats de député, de vice-président de l’Assemblée nationale, tout cela, c’est flatteur, mais il ne faut pas se laisser tourner la tête. Si on est un militant, on peut faire un bon élu, mais ce n’est pas parce qu’on est militant qu’on fera un élu éternel.

THIERRY GUIDET > Je reviens à Patrick Mareschal que je trouve un peu réservé, hésitant… À votre avis, quels sont les deux ou trois points, que ce soit dans le style, que ce soit dans la méthode, que ce soit dans les réalisations où il y a le plus de différences entre Jean-Marc Ayrault et Alain Chénard ?

PATRICK MARESCHAL > Ah ! comment dire ? C’est dur de faire l’histoire quand elle est encore chaude…

THIERRY GUIDET > C’est bien pourquoi nous organisons ce débat ce soir !

PATRICK MARESCHAL > C’est plus facile pour Alain… Non, mais c’est vrai, il a une distance, une autorité naturelle, morale qui fait qu’il est dans la position du sage. Moi je suis quand même encore un peu dans la vie active, plus peut-être que lui, même si son influence est très grande…

THIERRY GUIDET > Donc c’est un sujet tabou ?

PATRICK MARESCHAL > Non. Deux ou trois choses quand même. Il y avait une ambiance très chaleureuse dans l’équipe d’Alain Chénard, incontestablement. D’abord, on passait beaucoup d’heures et beaucoup de nuits : comme il n’y avait pas d’opposition, on se jouait l’avant-première du conseil municipal à huis clos toute la nuit du vendredi. C’est ce qu’on appelait les commissions plénières. Comme il y avait des débats, des forces politiques différentes, il y avait de longues réunions. Elles étaient toujours très conviviales et les adjoints jouissaient d’une délégation assez grande. Incontestablement, le style de Jean-Marc Ayrault est plus centralisé. C’est un homme qui ne laisse rien au hasard, qui aime bien être au courant de tout. C’est vrai que, parfois, je l’ai vécu comme premier adjoint pendant deux mandats, il fallait un peu pousser à plusieurs pour qu’on dise : il faut qu’on discute de ça, on n’est pas d’accord, etc. Les conflits étaient toujours résolus en interne naturellement. Mais, bon, c’est une différence de style assez grande.
Au-delà de ça, je pense qu’il y a quand même une grande continuité dans les priorités, dans la façon de voir les choses, que ce soit dans le domaine de l’urbanisme, de la culture, de la démocratie locale… Il ne faut pas s’y tromper.
En même temps, toute la vie municipale a beaucoup changé parce que c’est vrai, on l’a dit tout à l’heure, ça a beaucoup évolué dans la fonction publique territoriale. À un moment donné, il fallait sans doute passer par des structures périphériques pour faire bouger les choses. C’était l’époque où, malgré tout, dans la machine municipale, on avait conservé cette vieille habitude de promotion interne : on commençait comme commis aux écritures et on finissait secrétaire général. Les gens qu’on a trouvés en arrivant en 1977, c’étaient des gens qui n’avaient jamais connu que la Ville de Nantes, même si c’étaient des gens de qualité. Jean-Marc Ayrault a pu injecter du sang neuf dans l’organigramme, de nouveaux collaborateurs, de nouveaux ingénieurs. Et puis, malgré tout l’intercomunalité, mise sur les rails à partir de 1978, a pris sa pleine expansion à ce moment-là.
Et puis, dernier point, je pense que l’attention aux projets culturels est une marque de Jean-Marc Ayrault. Je ne dis pas qu’Alain ne s’y intéressait pas puisqu’il a fait la Médiathèque et un certain nombre de choses comme ça. Mais c’est sans doute à ce moment-là que beaucoup d’initiatives et beaucoup d’argent, il faut le dire, ont été mis dans les projets culturels. Et moi je ne le regrette pas parce que, pendant cette époque, je m’occupais des affaires économiques et de l’enseignement supérieur comme premier adjoint. Je disais souvent à Yannick Guin, l’adjoint à la Culture : « C’est au moins autant toi que moi qui fais venir des entreprises à Nantes ! » Parce que l’attractivité de Nantes a été particulièrement marquée dans ce domaine-là.

ALAIN CHÉNARD > C’est vrai qu’on n’a plus le football pour ça !

PATRICK MARESCHAL > Nous, on était plus souvent au stade, c’est vrai, qu’aux concerts de l’ONPL (orchestre national des Pays de la Loire).

ALAIN CHÉNARD > Opposer Alain Chénard et Jean-Marc Ayrault, c’est un exercice qui peut être intéressant si on veut rentrer dans les détails, mais il y a au moins une chose certaine, c’est la continuité politique. On parlait des problèmes de culture, eh bien Jean Blaise12, c’est moi qui l’ai recruté ! Voilà. Même si Jean Blaise a donné plus de ses moyens sous Jean-Marc Ayrault parce que, moi, je ne l’ai recruté qu’à la fin de mon mandat.
Jean-Marc n’a pas fait autre chose que ce qui se faisait avant. Il a continué, développé. Le chargé de communication qui préparait un jour le bilan du premier mandat de Jean-Marc Ayrault me disait : « À chaque fois que je prends un dossier, je vois écrit derrière : Chénard. » Ce n’est pas parce que j’étais omniprésent, je ne suis pas le fantôme de l’Opéra. C’est parce que Jean-Marc a su reprendre les choses, avec sa personnalité qui est incontestablement différente. Il suffit de nous mettre tous les deux sur une estrade, on voit immédiatement qu’on est tous les deux différents. Mais, politiquement, en douze ans de cohabitation, je suis désolé d’avoir déçu un paquet de gens, mais il n’y a jamais eu un accrochage. Et il y en a qui l’attendaient…

THIERRY GUIDET > Goulven Boudic, qui n’est pas tenu au même devoir de réserve que Patrick Mareschal…

PATRICK MARESCHAL > Oh ! j’estime être allé assez loin…

THIERRY GUIDET > Oui, mais j’ai tout fait pour cela. Alors, Goulven Boudic, quelles ressemblances, quelles différences entre 1977 et 1989, pas tant entre les hommes qu’entre les politiques ?

GOULVEN BOUDIC > C’est lié à la montée en puissance de la décentralisation, à la montée en puissance des nouveaux pouvoirs urbains, qui pousse notamment à une assez forte personnalisation. Ce n’est pas une particularité complètement française, mais c’est vrai que la France se distingue notamment par le rôle accordé au maire. Patrick Mareschal le suggérait : moins grande convivialité, plus grande centralisation. J’ai été frappé, lors des dernières élections municipales, de voir que, sur le tract qui était distribué, seul figurait le nom de Jean-Marc Ayrault, pas celui de ses co-listiers. Il y avait une photo de la liste, mais on ne savait pas qui était qui.
Je voudrais revenir sur 1983 – 1989. Je faisais tout à l’heure la comparaison entre Nantes et Brest. Il y a une très célèbre conférence de presse du maire de Brest de l’époque qui s’appelait Jacques Berthelot. Il avait tenu à dénoncer les errements de son propre camp, de sa propre majorité, dans une décharge à Brest. La grande phrase prononcée devant un tas d’ordures était : « Voilà l’état dans lequel se trouve la majorité municipale. » Quand on est maire en fonction, évidemment, cela ne fait pas très propre… Cela me fait penser au discours d’adieu de Michel Chauty. C’est une politique de la terre brûlée : après moi débrouillez-vous, c’est-à-dire ne vous débrouillez pas. La politique de Michel Chauty était assez contradictoire. Ou bien il entérine les choix faits par la municipalité précédente, malgré quelques résistances ou quelques velléités de résistance comme sur le tramway et c’est une façon de reconnaître ce qui a été fait entre 1977 et 1983, de le valider, de l’avaliser. Ou bien il rompt avec un certain nombre de choses, par exemple l’investissement sur la culture, et, à ce moment-là, il contribue à la mobilisation d’un certain nombre d’acteurs locaux contre sa propre politique. C’est-à-dire qu’il est perdant dans toutes les solutions.
La question de la culture occupe une place de plus en plus importante, ça fait partie de ces nouvelles vitrines que les villes se donnent, avec des formes nouvelles de culture : on est moins dans le socio-culturel, moins dans la culture populaire, et plus dans des logiques de spectacle ou de financement d’institutions qui ont vocation à faire parler d’elles dans la presse culturelle internationale. Ce qui compte maintenant pour un élu local, c’est le nombre de reprises dans la presse nationale et dans la presse internationale. Alors, Royal de Luxe pour ça, c’est très bien, parce que c’est une troupe qui voyage ; à chaque fois qu’on parle de Royal de Luxe, on parle de Nantes. Le Lieu unique, c’est pareil. Les politiques culturelles d’aujourd’hui, ça représente 15 % des budgets locaux. À la fin des années 1970, c’était moins de 5 %. Il y a là un enjeu entre 1983 et 1989… Je pensais notamment à un cahier de l’Institut Kervégan, sorti à ce moment-là, sur la question de la culture, qui dit : la culture, c’est important dans le vivre ensemble, c’est important dans la façon dont une ville se présente à l’extérieur. Il y a cette conviction chez les élus que ce qu’on donne à voir en termes culturels est aussi important pour faire venir des entreprises que la fiscalité locale.
Cela me permet de finir de manière encore plus impertinente. Alain Chénard rappelait que c’était lui qui avait embauché Jean Blaise. Bah oui, c’est la question de la relève des générations. Il y a, me semble-t-il, le risque que la relève des générations ne s’opère plus comme elle s’est opérée, presque forcément à travers le mouvement social, à travers les associations, voire au travers de positions d’opposants, comme entre 1983 et 1989, mais que la relève des générations se joue d’élus installés à futurs élus, qu’on se renouvelle au sein de la gauche à Nantes uniquement par le biais de l’accession au conseil municipal, sans forcément avoir conquis le mouvement social, sans forcément s’être intéressé aux associations. J’y vois, non pas une menace, mais un risque tendanciel, celui de la notabilisation, de la fermeture d’un parti sur lui-même.
La différence entre la gauche et la droite à Nantes se joue malgré tout dans le rôle que soulignait très bien tout à l’heure Alain Chénard, pas seulement le rôle des partis, mais le rôle du rapport entre les militants et leur parti. Il y a une intériorisation plus forte à gauche, me semble-t-il, qu’à droite de la discipline, du rôle du parti comme un tiers régulateur. Il y a des conflits, on peut s’engueuler, on peut se battre, on peut être parfois concurrents, mais lorsque le vote des militants a été acquis, on le respecte. L’exception dans l’histoire, c’est 1983 avec une liste dissidente qui fait 4,5 % et qui contribue aussi à fixer un certain nombre de voix. Mais je crois qu’à gauche l’idée du parti régulateur est plus ancrée qu’à droite du fait notamment qu’à gauche il y a une tradition de partis militants, alors qu’à droite on a plus des partis de réseaux, des partis de notables

ALAIN CHÉNARD > Oui, mais ça prouve aussi que le renouvellement, il vient du parti, pas du fait du prince. Si on n’est pas dans le parti et si on n’y a pas conquis ses galons, c’est pas évident de se retrouver… Il y a de la concurrence, ça joue dur des coudes. Donc, le renouvellement, il se fait bien à partir du parti, même s’il y a toujours, et c’est bien, c’est sain, cette espèce de recherche du particulier qui n’appartient à rien de tout ça parce qu’il est une personnalité un peu satellisée et qu’on doit raccrocher à un tout.




La synthèse des questions de la salle
> On n’a quasiment pas parlé du stade de La Beaujoire, qui est l’une des plus grandes réalisations du mandat… Pour le reste, je ne suis pas sûr, contrairement à ce que disait Alain Chénard, que la municipalité sortante était convaincue d’être battue en 1983. Je me souviens, lors de l’inauguration de la Manufacture, encore une très belle réalisation du mandat, peu de temps avant les élections, que Pierre Marchi, qui faisait partie de l’équipe, m’avait dit : « Avec de telles réalisations, on n’a même pas besoin de faire campagne. » Je crois, au contraire, que vous étiez assez sûrs de votre réélection et que la gauche est partie la fleur au fusil à ces élections. Je voudrais revenir sur un autre point. Pour moi, la grande coupure politique, ce n’est pas 1977, mais c’est le 8 novembre 1974, lorsque la section socialiste de Nantes, la minorité de la section, a réussi à obtenir enfin que les élus socialistes de la municipalité Morice se mettent en opposition. En 1975, Routier-Preuvost et tous les autres qui avaient refusé ont été exclus du parti. La coupure, on l’a vue dès les cantonales de 1976 : les trois socialistes, qui étaient dans la ligne du Programme commun : Alain Chénard, Jean-Marc Ayrault et Guy Goureaux ont battu les trois dissidents moriciens. Dès 1976, on voyait qu’il y avait déjà un tournant politique. Sur la troisième force, je ne suis pas tout à fait d’accord avec Goulven Boudic. En 1965, le MRP avait sa propre liste, mais en 1971 il avait intégré la liste Morice. Et en 1977, Morice avait intégré non seulement le MRP, mais aussi l’UNR et les Républicains indépendants.

ALAIN CHÉNARD > Oh, c’est Claude Estier qui a changé les choses, ce n’est pas la section de Nantes. Claude Estier, un proche de François Mitterrand, avait été chargé de mettre de l’ordre dans les trois N, Nancy, Nantes et Nice où il y avait des municipalités de coalition. Il était venu faire une déclaration en disant : André Morice est un homme de droite. Du coup le débat était tranché. Derrière, les sections ont légitimé cette position
> Je ne suis pas tout à fait d’accord puisque Claude Estier est venu après le vote de la section de Nantes, pour l’entériner et le faire appliquer.

ALAIN CHÉNARD > C’est possible… Bon, le stade, je n’en ai pas parlé parce qu’on aurait pu faire un inventaire de la gestion : le nombre d’écoles, le nombre de gymnases qu’on a ouverts dans les quartiers ! Et on avait complètement épuisé nos crédits dans ce domaine quand est arrivée l’opportunité, à l’occasion de la Coupe d’Europe des nations, de faire construire un stade. On a fait le stade et je crois qu’on a bien fait, on a fait un stade qui est correct, peut-être même un beau stade, et qui a surtout coûté très peu à la population nantaise.

> Je pense qu’il faut rendre justice à Jean-Claude Bonduelle d’avoir développé une véritable politique d’urbanisme. Jean-Claude Bonduelle était l’adjoint à l’Urbanisme, il avait la même origine politique que Patrick Mareschal. La politique d’abandon des pénétrantes qui aurait totalement cassé l’intérieur de la ville et la politique de transports en commun faisaient partie de toute une conception de la ville qui a eu pour conséquence que le thème, aujourd’hui très vulgarisé, de la mixité sociale était déjà présent, au cœur même de cette politique. Il y a eu des constructions de HLM au cœur même de la ville, en rupture complète avec ce qui se faisait jusque-là et avec ce qui a continué à se faire dans beaucoup d’autres villes. Et c’est là que la question du calendrier prend toute son importance. En effet, cet effort de revitalisation de la ville a pu faire croire à une bonne partie de la population de la banlieue que ses intérêts étaient considérés comme secondaires par rapport à la ville en tant que telle. Je pense que ça contribue à expliquer la désaffection d’une partie des catégories populaires en 1983. On n’avait pas eu le temps de voir tous les effets bénéfiques de la nouvelle politique d’urbanisme.

> Je trouve que vous avez une vision un peu idyllique de ce que vous avez fait et caricaturale de ce qu’a fait Chauty. C’est assez choquant. Vous avez occulté certaines réalisations de sa municipalité qu’Ayrault a été bien content de trouver : la technopole, la Cité des congrès… Il ne faut pas croire que tout est blanc d’un côté, que tout est noir de l’autre. Je ne conçois pas la politique comme ça.

> J’ai eu l’impression d’assister à une inversion des rôles : Alain Chénard a joué le rôle du politologue et Goulven Boudic celui du témoin. Je me suis reconnu dans ce que disait Goulven Boudic Ce qui m’a semblé important dans cette période n’a pas été du tout évoqué par Alain Chénard dans son intervention liminaire : des bouleversements dans la politique culturelle, des changements extrêmement importants dans le domaine du social et du culturel, de certains aspects dans le domaine de l’habitat, dans le domaine de l’urbanisme, des équipements de quartier… Cela n’enlève rien à des choses importantes comme celles qu’Alain Chénard a évoquées, notamment le tramway.

ALAIN CHÉNARD > Oui, ce que vous dites est assez juste. Quand je préparais cette réunion, je me suis interrogé sur ce que je devais faire : si je fais un travail d’historien, je vais entrer dans le détail de toutes les réalisations. Comment a-t-on fait autrement ce que fait d’habitude une municipalité dans le domaine culturel, dans le domaine de l’habitat, dans le domaine de l’école ? J’ai préféré en rester au thème du débat : en quoi a-t-on changé d’époque en 1977 ? C’est pourquoi j’ai orienté mon intervention sur ce changement d’environnement politique

> Quelle part faites-vous dans le succès municipal, aussi bien en 1977 qu’en 1989, au glissement à gauche d’une partie des catholiques ?

ALAIN CHÉNARD > Le divorce entre les classes laborieuses rurales et urbaines se faisait essentiellement sur la religion. Quand on habitait à la campagne, on était plutôt catho ; quand on habitait dans les villes, on bouffait plutôt du curé. L’exode rural va amener un brassage de population. Il y a eu un rapprochement entre cathos et laïques, d’ailleurs on peut très bien être catho et laïque, avec des gens comme Gilbert Declercq13 qui est une figure de proue, Bernard Lambert14, Bernard Thareau15, et tout ce travail fait en profondeur par les Jeunesses catholiques. Ce rapprochement a certainement permis à la gauche de pouvoir gagner enfin des élections. Il avait déjà commencé au moment de la guerre d’Algérie.
> À propos d’André Morice, il faut savoir qu’un chercheur a publié un livre sur son rôle dans la collaboration économique. Il faut savoir aussi qu’il était ministre de la Défense au moment de la guerre d’Algérie, qu’il a fait la ligne Morice…16

PATRICK MARESCHAL > Un dernier mot. On n’a pas beaucoup parlé de l’avenir parce que ce débat, précisément, était l’occasion d’un regard en arrière. Autant toute cette période a été marquée par le développement de Nantes comme métropole, comme ville intercommunale, autant je pense qu’aujourd’hui la ville, c’est plus que la ville, même dans ses limites intercommunales, c’est tout un bassin de vie, qui est tout le territoire départemental, et auquel je suis particulièrement sensible aujourd’hui. Comment va-t-on faire l’alliance ou le travail en commun entre des gens qui ont encore des modes de vie assez différents et qui pourtant vivent le même projet, le même territoire, les mêmes échanges ? Là aussi, comment va-t-on trouver dans des mandats à venir, quels qu’ils soient, cette façon de changer de dimension de nouveau, comme cela a été fait à partir de 1977 ? Par quelles institutions ? Par quels moyens ? Pour que ce territoire, de nouveau, se vive comme une ville à l’échelon international… Je crois que c’est un débat qui n’est pas facilité par les frontières administratives traditionnelles mais il faudra trouver le moyen de faire fonctionner ce territoire à une échelle plus vaste, de même qu’à l’époque d’Alain Chénard la conscience avait été prise que Nantes, ce n’était pas que Nantes. Une autre dimension est à trouver à l’avenir